jeudi 12 juin 2014

Meurtres pour Rédemption, de Karine Giebel

Meurtres pour Rédemption


Auteur: Karine Giébel 
Année de parution: 2012

Editions: Fleuve Noir

Genre: thriller

Nombre de pages: 767

lu en: juin 2014

acheté d'occasion (braderie du Relais)

ma note: 5 sur 5
(gros coup de coeur)
Quatrième de couverture

Si jeune, Marianne devrait être insouciante et rêver à l'avenir, des projets plein la tête.
Mais son seul rêve, c'est la liberté.
Car Marianne est en prison.
Perpétuité pour cette meurtrière.
Indomptable, incapable de maîtriser la violence qui est en elle, 
Marianne refuse de se soumettre, de se laisser briser par l'univers carcéral sans pitié 
où elle affronte la haine, les brimades, les coups, les humiliations.
La tête haute, toujours.
Elle s'évade parfois,
 grâce à la drogue qu'elle paie en nature,
 grâce aux romans qu'on lui laisse lire, grâce à ses souvenirs aussi.
Grâce aux bruits des trains, véritable invitation au voyage.
Elle finit par apprendre l'amitié, la solidarité, et même...la passion.
Mais sans aucun espoir de fuir cet enfer, hormis dans ses rêves les plus fous.
Et puis un jour, l'inimaginable se produit.
Une porte s'ouvre au parloir.
Trois hommes, trois flics, lui proposent un odieux marché, lui offrant de quitter ce purgatoire.
Mais en échange de sa liberté, elle devra tuer pour eux.
Des derniers meurtres à commettre...pour rédemption.

Mon avis: 

Ce roman traîne sur mon étagère depuis quelques mois. Après avoir lu "Juste une Ombre", que l'on m'avait prêté, et que j'avais beaucoup aimé, j'ai trouvé "Meurtres pour Rédemption" à la braderie du Relais. Je me suis donc ruée dessus et était impatiente de découvrir un autre livre de cet auteur. Ce livre aurait pu attendre son heure encore longtemps si Joëlle ne m'avait pas laissé un commentaire sur youtube qui a déclenché chez moi une envie irrésistible de le lire. En effet, nous avons parlé sur la chaîne de collaboration livresque A Livre Ouvert, des histoires d'amour qui nous avaient le plus marqués. De mon côté, j'ai évoqué les romances sur fond de thriller (celles que je préfère). Et Joëlle m'a indiqué que Meurtres pour Rédemption était une magnifique romance qui l'avait beaucoup émue. Comment résister?

Il m'aura fallu une semaine et un week-end entier pour lire ce pavé de 767 pages, et quand je l'ai refermé, j'avais de la peine que cette histoire soit terminée. J'étais triste de ne plus jamais retrouver les personnages. C'est sans doute à cela qu'on reconnait un grand roman.

Vous le savez, je suis fan de thriller et de romans noirs en général. Pour le coup j'ai été servie, car il est difficile d'imaginer plus noire que cette histoire, qui nous offre une description effrayante du milieu carcéral, où l'être humain atteint la plus profonde déchéance.

Tout le talent de Karine Giébel, est de nous faire ressentir de l’empathie pour un personnage a priori détestable. Je m'étais déjà fait cette réflexion lors de ma lecture de son roman "Juste une ombre".

Ici, il s'agit de Marianne, une jeune femme de 20 ans débordante de rage, incapable de contenir sa violence, qui a fui une famille plutôt privilégiée (elle s'appelle De Gréville) pour rejoindre son premier petit copain, avec qui elle a commis quelques larcins jusqu'à l'issue dramatique où son copain a trouvé la mort lors de son interpellation et où elle a commis plusieurs homicides. Incarcérée à perpétuité, toute la vie de Marianne consiste désormais à survivre dans le milieu hostile de la prison, sans aucun espoir d'avenir ou de liberté alors que sa vie ne fait que commencer.

Immédiatement, je me suis attachée à Marianne. C'est une fille à problèmes, violente, provocante, grande gueule, mais sous cette carapace, c'est une jeune adulte désespérée qui se livre à nous. On ne peut qu'être touchée par sa rage et par son désespoir. Jusqu'à la dernière page, je me suis sentie totalement en communion avec elle, j'espérais qu'elle s'en sorte, qu'elle goûte enfin à un peu de bonheur ! Elle est intelligente, et très forte.

Pendant la première partie du roman (celle qui m'a le plus émue), l'auteur nous décrit le quotidien de Marianne en prison, d'une façon absolument juste et sans compromis. Le lecteur n'est pas épargné: nourriture infecte, douche quotidienne de dix minutes en groupe, privations en tous genres, brimades et tortures de certains gardiens,suicides, loi de la jungle entre détenus,...A plus d'une reprise, j'ai eu le coeur retourné, et pourtant, j'en voulais encore et toujours plus !

Heureusement pour elle, Marianne est championne de karaté, ce qui nous offre de belles scènes de baston à a kill bill !

Cette déferlante de violence n'est pas gratuite. A travers cette description sans détour du milieu carcéral, l'auteur nous pousse à nous interroger sur cette question, qui fait souvent débat. Plus encore, elle nous montre comment la violence agit comme un catalyseur dans ce milieu très fermé. Karine Giébel a, à mon sens, accompli un travail prodigieux dans ce livre. Aucun personnage n'est blanc comme neige. Même la gentille surveillante, Justine, qui fait preuve de beaucoup de compassion pour Marianne, finit par basculer du côté sombre à la fin du roman, en livrant des pensées criminelles et des envies de vengeance.

Dès lors, Marianne s'évade comme elle peut, "en pensée", en écoutant les trains à travers les barreaux de sa cellule, en lisant les œuvres qu'elle trouve à la bibliothèque de la prison. L'auteur nous cite notamment l'Eglise Verte, d'Hervé Bazin, ainsi que Des souris et des hommes, de John Steinbeck: deux romans qu'il faudra que je lise à mon tour. Mais la littérature ne suffit pas et bien souvent, Marianne a recours à l'héroïne pour s'accorder un peu de répit. Là encore, la description de sa toxicomanie fait froid dans le dos, tant elle est criante de vérité.

Insoutenable également, le personnage de Solange, surveillante de prison s'apparentant à une véritable nazie, qui harcèle et torture Marianne gratuitement: elle est absolument détestable !

Au milieu de ce sombre tableau, va naître tout de même une lueur d'espoir à travers l'histoire d'amour qui va unir Marianne au chef des surveillants de prison, Daniel. Cette romance improbable au milieu de ce chaos m'a profondément émue. Si Marianne est à l'origine un monstre de violence et de solitude, elle finit par s'ouvrir, très lentement, jusqu'à accepter finalement de faire confiance à autrui et de recevoir de l'amour. Cette relation lui offre une bouée de sauvetage dans un quotidien insoutenable. Daniel est touchant, à sa façon, même si à la base, il n'est pas non plus irréprochable vis à vis de Marianne (je ne veux pas spoiler donc je me tais).

Après les 400 premières pages, le roman prend une autre tournure, puisque trois policiers proposent à Marianne un marché consistant à lui offrir la liberté contre un autre meurtre... A partir de ce moment, l'histoire prend tout doucement l'allure d'un thriller haletant, et le rythme ne cessera d'accélérer au fil des pages. Là encore, une relation toute particulière naîtra entre Marianne et le chef des flics, Franck, qui m'a également touchée.

Finalement, ce roman apparaît comme inclassable car il présente de multiples aspects, tous aussi intéressants les uns que les autres: un traité du monde carcéral, une belle romance, un thriller (surtout en deuxième partie) ... Ce qui est notable également, c'est qu'en général, le but du thriller est de nous tenir en haleine jusqu'à ce que l'on découvre l'identité d'un criminel. Ici il n'est pas question de cela, mais de savoir comment Marianne va se sortir de cette spirale de violence.

La fin aurait pu m'arracher quelques larmes, mais je me suis vite ressaisie. C'est un roman de Karine Giebel, ça ne laisse donc que peu d'espoir d'une happy end avec avalanche de paillettes et bouquets de fleurs. Toutefois cette fin est belle, à sa façon, puisque notre héroïne finit par trouver la rédemption tant recherchée, même si c'est d'une façon très différente de ce qu'elle avait espéré.

Ce que je retiendrai de ce livre: 

Un roman très complet et bien écrit, sans compromis, à la fois violent et émouvant. Une belle performance de Karine Giébel que j'aime de plus en plus. 

2 commentaires:

  1. Je n'ai rien à ajouter, ta chronique est complète à souhait.
    Ce roman a marqué mon quotidien : dès que je vois un train, je pense à Marianne.

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  2. tu as réussi à me mettre le doute pour ce livre...
    de tous les tuitres de l'auteur que j'ai déjà vu passer dans les bouquineries, c'est celui que je laisse toujours sur l'étagère car le résumé ne me tentait guère...
    et là, ta chronique me donne juste envie de courir le chercher :)
    bonne journée

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